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22°) Mogador 3 Août 1872
H.Jy a beaucoup à faire, il a huit ouvrier dans sa maison à surveiller et à commander, cela s’ajoute à un courant d’affaires qui va passablement fort.
Il vient à peine de quitter le salon de Mr Beaumier, consul, où il a passé “une soirée des plus agréable, capable de faire oublier bien des préoccupations
À la St Henri il a bu du vin que vient de lui expédier son Père. “Il est, écrit-il de 1ère qualité et en a savouré suavement le parfum" , et il ajoute “et dire que les vignes qui produisent ce jus divin s’en vont. Tout s’en va donc dans ce siècle maudit, après les Rois ..... les vignes !!”
Par le prochain vapeur il doit expédier 500 douzaines de peaux de chèvres et 300 balles de sparterie.

23°)Mogador le 11 Août 1872
H.Jy avise son Père qu’il va recevoir la peau de marocain jaune promise depuis fort longtemps, et qu’il trouve vraiment très belle; qu’il la confie au Capitaine du Souirah, qui doit quitter très prochainement Mogador. Il propose en même temps à ce Capitaine de transporter quelques perdrix pour sa sœur Sophie. Il en a neuf en cage. En retour il souhaiterait recevoir du vinaigre, des pâtes de coing, quelques photographies, ainsi que quelques partitions et livres.
En raison “des épouvantables conditions politico-sociales en France et en Europe, cela lui fait aimer ce pays barbare où l’a conduit par la main une providence protectrice”.

24°) Mogador, 29 Août 1872
H.Jy manifeste une fois de plus ses sentiments très chrétiens et très royalistes. Il se réjouit en apprenant que la France avait su trouver des ressources immenses pour la libération de son territoire. Il attend avec impatience le jour où le Pape redeviendra libre, où Rome sera délivrée de la présence inique des “Italionissimes” etc... Il reconnaît que ce genre de réflexions n’est pas à sa place dans une lettre et, s’excusant, passe à autre chose. D’abord le voyage du Sultan Sidi Mohamed, qui ........ depuis quelques mois et qui est en marche sur Marrakech, sa seconde capitale. Il espère que la présence du souverain à Marrakech animera un peu les transactions commerciales. Puis H.Jy s’attarde sur sa maison qui est en pleine réparation. La maison est grande, spacieuse, a 2 façades, dont l’une sur la grande rue par laquelle on entre en ville par l’est. Au rez-de-chaussée, de grands magasins et une belle pièce boisée? où est installé le bureau, son bureau. Au premier étage douze pièces de dimensions différentes, autour d’une galerie courant sous des arceaux étourés? qui ont quelques prétentions au genre gothique. Le tout surmonté d’une tour d’où la vue s’étend sur l’océan immense et sans limites.

25°) Mogador le 19 Septembre 1872
H.Jy se réjouit de savoir que la peau de marocain soit bien parvenue, mais regrette qu’il n’en ait pas été de même pour les perdrix destinées à consoler sa sœur, à défaut de fourrure. Le commerce des peaux de chèvre est florissant, il en a acheté 5 000 douzaines depuis le début de l’année, et espère pouvoir en acheter encore 2 à 3 000 d’ici la fin décembre. Les commanditaires de Marseille sont satisfaits. Il déclare se donner beaucoup de mal, mais s’en trouve largement dédommagé pécuniairement.
De nouvelles propositions de représentation lui sont faites. Le Consul souhaiterait concentrer dans ses mains tous les intérêts français à Mogador.
Un long paragraphe de la lettre est consacré aux libres-penseurs après la guérison miraculeuse de Melle Juliette ............... . Les libres-penseurs crient à l’imposture.
En P S 1 il annonce l’envoi, à la grâce de Dieu, d’une nouvelle compagnie de perdreaux pour sa sœur Sophie
2 “ Cette année la récolte d’olives est superbe, j’ai bien envie de faire travailler un peu mon petit moulin. Si je pouvais lui faire gagner sa vie !!”

26°) Mogador le 20 Novembre 1872
La caisse H.J 1424 contenant divers ouvrages est bien arrivée; ouvrages dont il a aussitôt commencé la lecture.
H.Jy prend surtout plaisir à lire les contes arabes qu’il compare à la version originale dont il entend et peut suivre la lecture dans le texte. On peut souligner qu’en 4 ans notre grand-Père a acquis une connaissance parfaite de l’arabe régulier, on sait aussi qu’il était polyglotte. Ses enfants ont hérité de son don des langues.
H.Jy se régale des pâtes de coing bien reçues et en fait profiter son entourage, dont Mme Beaumier. Il réclame de nouvelles partitions, la Dame Blanche et Mayolie. Et un chapeau noir ou gris, avec apprêt et bords plats, à prendre chez Tavernier? qui a ses mesures.
H.Jy parle pour la première fois d’intention de mariage. La vie de garçon, la vie seul, lui devient chaque jour plus pénible. Il pense que le moment est venu, mais il pose des conditions :

20 ans (il en a 30), agréable, d’une santé robuste, bien élevée avec des goûts simples, musicienne s’il était possible, appartenant à une famille de gens honnêtes et religieux. Quant à la fortune il ne sera pas trop difficile.
PS : Il semble que le dernier envoi de perdrix soit bien arrivé.

27°) de Marseille le 11 Mars 1874
Nota -15 mois se sont écoulés- malheureusement les lettres, qui ont dû être écrites pendant cette période ne se trouvaient pas dans les archives que m’a transmises Tante Gabrielle. Ce n’est pas très grave, car on en arrive à l’essentiel, le prochain mariage de notre Grand-Père.
H.Jy est en France depuis quelques temps. Il a reçu de bonnes nouvelles de ses affaires de Mogador et de longues lettres du Consul et de son épouse Mme Beaumier. Celle ci l’invite à se rendre à Toulon pour faire connaissance avec sa cousine Delle de Blacas? Trop tard ajoute -t-il, les qualités de sa future, la bonne Marie, vaudront bien celles de la jeune personne. H.Jy annonce la visite de son futur beau-père Monsieur Bessac; il compte lui-même aller à Orange les jours prochains.

28°) de Marseille le 30 Mars 1874
H.Jy est toujours en France. Il travaille chez ( Mr Fontaine et Autran?) (ancienne maison Faux-Messonier et Cie). Il a passé quelques jours à Orange. Il réclame les modèles de faire-part de son mariage

29°) En rade de Barcelone, à bord du Souerah, 28 Avril 1874
Henri Jacquety a épousé le 14 Avril 1874 à Orange Marie Bessac née à Violes (Vaucluse) le 13 Mars 1851.
Le voyage se passe très bien, un vrai voyage d’agrément. Depuis Marseille le temps est au beau. Avec Marie ils ont visité Barcelone, ville charmante. Le commerce y semble prospère. Promenade sur la Rambla. Sa bonne Marie a vu avec admiration les beaux et riches magasins de Barcelone, qui offrent en abondance de quoi satisfaire tous les goûts et tous les besoins. Leur séjour en rade de Barcelone durera 2 jours.

30°) en rade de Gibraltar 1er Mai 1874
Marie Bessac a été légèrement indisposée pendant le voyage de Barcelone à Gibraltar, le temps étant mauvais. M.B sait maintenant ce qu’est le mal de mer, mais n’en a pas été abattue, et est redevenue plus guerrière?. “Quel plaisir d’avoir une femme comme celle là! En voilà une au moins qui sait prendre une résolution et aller de l’avant” commente H.Jy.
Ils ont passé leur dernière soirée à Barcelone, en assistant à une représentation de Faust au théâtre du Liceu, qui est sans contredit un des plus beaux du monde. Après Faust l’orchestre a joué l’Ave Maria de Gounod, puis un grand artiste a joué sur sa clarinette le Carnaval de Venise. Un ballet espagnol a clôturé la séance. H.Jy est enthousiasmé de sa soirée, il manifeste une fois de plus son goût pour la musique.
Marie B. ajoute quelques lignes, mais Henri ne lui a laissé que peu de place. Henri la rend heureuse, chaque jour elle apprécie son heureux caractère et sa bonté pour elle. M.B parle de son mal de mer, mais cela n’a duré qu’un temps et elle a pu tout de même apprécier le charme de la traversée, le long des cotes d’Espagne. Elle a beaucoup apprécié également la ville de Barcelone visitée à l’occasion d’une descente à terre et bien entendu la soirée au théâtre.

31°) Mogador le 14 Mai 1874
La dernière lettre en archives, dont ce n’est d’ailleurs qu’une copie incomplète, est écrite par Marie B. à ses bien chers parents
Elle est à Mogador depuis huit jours, dans ce pays vraiment étrange pour elle, mais auquel elle commence à trouver beaucoup d’agrément. Elle complète la narration de son voyage, l’escale à Gibraltar, ville qui mérite vraiment d’être vue. Elle est remplie de casernes, hérissée de canons et adossée à son rocher.
En sortant du détroit, les cotes d’Afrique lui sont apparues pour la première fois, mais elle n’a pas eu le courage de les regarder car en entrant dans l’océan la mer était houleuse et elle a été obligée de se coucher. M.B a eu le mal de mer pendant plusieurs jours et n’a pu descendre à l’escale de Casablanca. Par contre elle a pu faire escale à Mazagan, qui lui a fait une impression peu favorable. À son arrivée à Mogador, elle est par contre séduite. C’est une ville qui ne manque pas d’agrément et surtout d’animation.

jacquety
13/09/02