11°) Maroc, le 10 mai 1869.
H.Jy répond aux 2 lettres de son père du 11 et 12 avril reçues le 6 mars. Le courrier met plus de 3 semaines pour parvenir à destination. H.Jy s’arabise, ces lettres sont de plus en plus truffées d’expressions arabes, mais il ne donne aucune indication sur son perfectionnement en arabe. Il attend avec impatience les photographies de famille annoncées. Il est dommage que ces photographies ne se retrouvent pas dans les archives. H.Jy parle longuement des vers à soie, mais les résultats ont été mauvais cette année et il est très difficile de se renseigner auprès des éleveurs. Les magnaneries ne peuvent pas être visitées. H.Jy et son associé Eugène, se mettent en campagne pour trouver de la cire jaune et se proposent de prospecter également dans les environs de Marrakech. Ils ont obtenu l’aide du Pacha El Glaoui. (il s’agit sans doute de Si Hadami?, frère de ........., qui soutint la politique française dès 1911 et qui a été mêlé ? à la déposition du Sultan Mohamed V en 1953) qui met à leur disposition un ancien soldat du consulat d’Angleterre. Pour le moment, ils ont pu trouver le quintal? de cire pour 1000 francs. Cela satisfait un ordre de la maison Autran ? de Marseille. L’affaire du moulin à huile d’olive est toujours en attente. H.Jy estime qu’envers et contre tout, il doit forcément aboutir, c’est sa conviction ajoute-il.
Il se propose d’envoyer à sa sœur une petite peau de léopard qui lui a été vendu par un berbère.12°) Maroc le 23 Mai 1869
C’est une lettre très courte, 2 pages 1/2
H.Jy préférerait s’installer à Demnat, petite ville à deux journées de Marrakech, où le marché est bien achalandé et très fréquenté. Les peaux de chèvres s’y vendent à bien meilleur prix. Gomme, cire, olives sont en grande abondance et à des prix très modérés. C’est à Demnat qu’il faudrait installer le moulin à huile. et pour cette installation H.Jy souhaite une recommandation auprès de la légation de France à Tanger, ou mieux encore obtenir pour lui ou son associé l’Agence consulaire de France à Maroc.
Il joint deux lettres dont l’une destinée à l’Abbé Jacquety
13°) Maroc, le 7 Août 1869
H.Jy vient de séjourner à Mazagan. Après avoir pris un peu de repos, il s’est acheminé sur Marrakech où il était attendu avec impatience. Il raconte les péripéties de son voyage qui a été rapide et n’aura duré que trois jours.
À sa première étape son Lefaucheux et son revolver ont beaucoup tenté son hôte d’une courte nuit, qui lui avait offert un généreux couscous.
Il réclame de la quinine.
14°) Mogador le 9 1869
H.Jy date sa lettre du 9 août -il doit y avoir une erreur, mais peu importe en regard de l’évènement - Avec son associé, E.Fx, ils décident d’abandonner Marrakech, où ils sont en procès avec le gouvernement Marocain. Ils étaient à Tanger le 4 courant, ils ont embarqué sur le Cadix? et fait escale à Mazagan où ils rencontrent Mr (Isaac Bruno?) Agent Consulaire de France. Celui ci leur réserve le meilleur accueil et propose même de s’associer à eux, mais rien n’a été conclu.
À leur arrivée à Mogador; les deux associés sont accueillis par Mr Beaumier, Consul de France, auquel ils avaient d’ailleurs écrit pour annoncer leur prochaine arrivée. Mr Beaumier se charge de régler leur affaire à condition qu’ils quittent définitivement Marrakech, ce qui est bien dans leur intention. Cependant ils ne déménageront que lorsque leur affaire sera réglée et qu’ils auront été indemnisés.
H.Jy fait allusion à une soirée organisée chez le Consul, où il a chanté et charmé son auditoire, en particulier Mr Beaumier "comme autrefois David chantait devant ......... et Orphée qui adoucissait la férocité des...”
H.Jy termine en demandant qu’on lui écrive dorénavant à Mogador.
* * * * * * * * * * * *
Je ne dispose pas en archives de lettre de la fin 1869. Pas davantage pour toute l’année 1870 . Il faut attendre la veille de la St Henri en 1871 pour de nouvelles correspondances.
15°) Mogador, 13 Juillet 1871
H.Jy souhaite bonne fête à son Père -vive St Henri -
Il fait allusion aux résultats des élections complémentaires dans le Vaucluse. Il estime que ses compatriotes se sont distingués “par leur bêtise et leur stupidité inqualifiable”. Tout ce qui se passe en France en politique, “lui fait horreur et lui inspire dégoût” et “lui fait aimer son exil”. Son Père ayant fait allusion à une “demoiselle qui prend toujours patience et espère que peut être un jour ses souhaits seront exaucés”, H.Jy devine qu’il s’agit de Melle Gruffier? “au physique poursuit-il, il y a tout ce qu’on peut désirer -jeune et belle blonde aux yeux bleus- quant aux qualités du cœur et de l’esprit, j’admets que Dieu se soit complut à les réunir toutes dans une aussi charmante enveloppe” H.Jy ne peut et ne veut s’engager, il se trouve d’ailleurs actuellement endetté et c’est ce qui prime.
Il déclare ne vouloir retourner en France que riche ou... forcé par la misère et la privation.
16°) Mogador, 16 avril 1872
Eugène Faux est mort le 29 mars 1872 à l’âge de 26 ans. La mort vient de frapper à mes côtés en emportant une existence de 26 ans à peine écrit H.Jy. E.Fx était atteint d’une phtisie galopante (..........) dont les premiers symptômes sont apparus en décembre 1871. Toute la lettre est consacrée à son associé et ami “mort d’une façon édifiante et qui a satisfait à tous ses devoirs de chrétiens”. Les derniers moments rapportés par H.Jy, ont été particulièrement émouvants et E. Fx a montré beaucoup de courage. Il était saigné par l’honorable docteur Thevenin. Tous les détails sont écrits à l’intention de la famille d’Eugène Faux.
17°) Mogador, 16 mai 1872.
H.Jy écrit le même jour à son Père et à sa Mère. À son Père, il s’explique sur ses difficultés financières. Il travaille actuellement pour la maison Autran ? pour laquelle il achète surtout des peaux de chèvres (fiteh?). Il propose pour rembourser ses dettes qui préoccupent son père, d’abandonner ses appointements. Il vivra des revenus de petits commerces qu’il fait en conservant l’ancienne raison de commerce “Faux & Jacquety”. Cela correspond au souhait exprimé par Eugène Faux avant sa mort, qui lui a en outre recommandé de ne pas prendre un nouvel associé pour le remplacer. H.Jy déclare se trouver bien à Mogador. “Exilé peut-être mais libre”. Il n’a aucune envie de rentrer à Orange comme le lui suggère son père depuis la mort d’Eugène.
18°) Mogador, 16 mai 1872.
Lettre à sa bien chère Mère. H.Jy commence par se justifier sur sa présence à Mogador, malgré l’épreuve cruelle qu’il vient de subir avec la mort de son ami et associé, mais il ne voit pas comment il pourrait se réinstaller à Orange, dont il n’a pas gardé un bon souvenir. Il promet d’aller de temps en temps à Orange, mais pas pour y rester. Il réclame à sa mère chemises, chaussettes, serviettes etc... et quelques-unes de ses partitions : le barbier de Séville, la Dame Blanche etc... et son recueil de romances.
19°) Mogador, 18 juin 1872
H.Jy rassure son Père, qui a mal interprété sa précédente lettre, sur ses intentions de voyage à Orange, Mais pour le moment il n’en entrevoit pas la possibilité. D’ailleurs,ajoute-t-il, j’ai pour le moment besoin de faire des économies.
20°) Mogador le 27 juin 1872
Sa lettre partira par “La Meuse?”, le nouveau vapeur de la Cie Paquet . Cette lettre est entièrement consacrée à la narration d’une randonnée à l’oued Tizzi, qui se jette derrière le cap S...., cap situé à 3h 1/2 au sud de Mogador. La caravane comprenait 40 hommes dont une vingtaine à cheval. Le campement comprenait 7 tentes y compris celle des soldats et la guitoune du maître cuisinier. Cette partie de plaisir, en compagnie du Consul a duré 6 jours. Quant à l’emploi du temps, il était partagé en deux parties, l’une pour pécher ou chasser; l’autre pour manger la ........... et le gibier. En résumé le tableau de chasse comportait en grand nombre, perdrix, lièvres, pigeons ramiers, et tourterelles. En sa qualité de "futur roucoulant” H.Jy s’attaquait de préférence aux tourterelles; assis sous les grands arbres au bord de l’eau, il tirait à gogo. Deux battues au sanglier n’ont pas été fructueuses -1 seul sanglier abattu.
Le soir venu, grand banquet sur l’herbe à base de gibier et une fois autour d’un mouton rôti. Le thé était servi sous la tente du Consul. Puis vers 23 heures chacun se retirait sous sa tente, mais le sommeil était de temps en temps secoué par le glapissement de bandes de chacals qui venaient roder autour des tentes.
21°) Mogador 9 Juillet 1872
H.Jy accuse réception du baril de vin et la caisse des objets demandés. L’ensemble lui est parvenu en très bon état. Quand le baril de vin aura suffisamment reposé, il sera mis en perce. Il remercie tout particulièrement sa Mère et sa sœur Sophie (Sophie née le 22 Août 1834, décédée en Septembre 1876 et enterrée dans le caveau familial d’Orange, est la sœur en vie, les deux autres Zulime et Marie-Anne étant mortes en bas âge). H.Jy est très satisfait de l’envoi des partitions. Il y a ajoute-t-il un bon piano au consulat et le salon supplée la salle du grand opéra. Dans la maison Faux&Jacquety, tout est plein jusqu’au plafond -peaux de chèvres à gauche et sparterie à droite (telle que corde, tapis, paniers tressés etc... 100 000 kg en stock). Cela lui crée beaucoup de soucis, la main d’œuvre étant à surveiller de très près.
Son Père lui écrit qu’il lit et écrit sans fatigue et qu’il bénit Dieu de lui avoir permis d’arriver à son âge (67 ans) sans infirmité. H.Jy s’en félicite et prie St Henri, dont c’est bientôt la fête, pour qu’il obtienne de Dieu que cet état se prolonge longtemps. La lettre est truffée de citations latines.